Une définition simple mais des pratiques variées

Publié le 23 avril 2013 - Dernière mise à jour le 16 mai 2017

Le commerce équitable est avant tout une force de proposition pour un commerce différent, un commerce qui remédie à l’exclusion ou à la marginalisation sur le marché des populations des pays en développement. Avec plus de 70 ans d’existence, il demeure un objectif sans cesse perfectible avec des démarches et des visions très variées. Comment expliquer cette diversité ? Quelles sont les clivages ? 

Comment expliquer la diversité du commerce équitable ?

Comme d’autres démarches de consommation responsable, le commerce équitable est le fruit d’une prise de conscience de la société civile et d’ONG. Sa différence est  qu’il s’est quasi immédiatement traduit par des actions concrètes. On a l’habitude de faire remonter la première expérience de commerce équitable à l’immédiate après-guerre où une association américaine, Ten Thousand Villages, commercialise à travers un réseau de militants des produits artisanaux pour aider des artisans de Palestine, Haïti et Porto Rico. Dès le départ, le propos du commerce équitable n’est donc pas de s’arrêter à un lobbying politique mais bien d’agir concrètement et de tenter d’apporter une réponse « rapide » avec un impact direct. Au fur et à mesure, les expériences sont enrichies de nouvelles pratiques (alimentaires, réseau de distribution, entreprises…), chacune portant de fait une vision et une pratique. 

La première définition du commerce équitable internationalement reconnue date de… 2001 par FINEune coordination informelle des acteurs du commerce équitable réunissant les grands réseaux internationaux (FLO, WFTO, EFTA). Cette définition nécessaire pose les principes incontournables mais elle n’épuise pas la variété des visions et des pratiques.

Définition du commerce équitable de FINE  : Le Commerce Equitable est un partenariat commercial, fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l'objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète. Les organisations du Commerce Equitable (soutenues par les consommateurs) s’engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel. 

Est-ce bien grave ?

Non ! De notre point de vue, le commerce équitable doit être un mouvement vivant qui fait le choix du débat. Il est le reflet des interrogations de la société civile sur nos choix de consommation. Il doit donc intégrer ses évolutions.

La capacité à évoluer du commerce équitable doit être comprise, non comme un défaut mais un atout pour rendre perfectible son impact auprès des producteurs et des consommateurs.

Depuis la création d’ETHIQUABLE en 2003, nous avons fait avancer nos pratiques avec les questions des consommateurs, des militants et des producteurs du commerce équitable : exclusion de certains ingrédients dans nos recettes, recours systématique à la certification bio (qui ne nous semblait pas nécessaire au début, nos partenaires pratiquant une culture agro-écologique sur des petites surfaces), analyse du cycle de vie des produits, soutien à la constitution de réseau de producteurs pour qu’il puisse peser dans le débat international du commerce équitable, développement des produits fabriqués sur place par les coopératives... 
Notre vision s’est affinée sur les modalités qui autorisent un véritable impact pour les organisations de production. Et nous partageons notre expérience pratique au sein de différentes instances comme la PFCE ou les organisations de certification de commerce équitable pour peser sur une vision exigeante du commerce équitable.

Equitable jusqu’où ?

Pour certains, il ne concerne que les relations commerciales Nord/Sud (les producteurs les plus marginalisés se trouvant essentiellement au Sud de la planète). Pour d’autres, il doit également englober l’aval des filières équitables car la justice doit être présente sur tous les continents et concerner tous les maillons de la chaîne : transport, transformation et distribution. Pour d’autres encore, le commerce équitable peut concerner les producteurs français.

Si le commerce équitable se concentre sur la relation d’achat avec des partenaires du Sud, il ne peut faire l’économie d’une réflexion sur l’aval des filières et l’ouverture aux producteurs du Nord.

  • Difficile en effet d’imaginer une entreprise de commerce équitable qui d’une part joue à la baisse des cours sur une partie de ses achats de matières première et d’autre part propose un produit équitable. Difficile aussi d’imaginer une entreprise de commerce équitable dont l’objectif unique est la recherche de rentabilité au profit d’un propriétaire unique ou d’actionnaires. Nous militons donc pour l’entreprenariat social. Comme Equal Exchange aux Etats-Unis, La Siembra au Canada ou IDEAS en Espagne… ETHIQUABLE est une entreprise coopérative.
  • Difficile également d’imaginer des marges commerciales sans limites sur la vente de produits équitables. Nous limitons nos marges pour réserver aux producteurs la plus grande valeur ajoutée possible tout en assurant la durabilité de notre SCOP.
  • Difficile enfin de ne pas chercher des voies d’adaptation du commerce équitable à la situation de l’agriculture paysanne en France. Si les enjeux sont différents au Nord et au Sud, les intérêts des paysans sont convergents. C’est pourquoi, nous avons créé la charte Paysans d’ici en 2010 pour appuyer les initiatives de producteurs français qui se mobilisent pour une autre agriculture.

Quelle agriculture soutenir ?

Pour certains, le commerce équitable ne concerne que l’agriculture paysanne et il nécessite un appui aux organisations paysannes, pour d’autres, il doit aussi s’ouvrir aux plantations (1 propriétaire privé avec des salariés) ou à l’agriculture de contrat (1 acheteur privé en lien avec des producteurs atomisés).

Pour nous, le choix est clair : c’est l’agriculture paysanne. Pourquoi se limiter ? Parce que l’offre de produits provenant d’organisations de producteurs autonomes est pour nous aujourd’hui largement suffisante. Parce jusqu’à maintenant, seul un commerce équitable basé sur l’agriculture paysanne a fait la preuve d’une réelle capacité transformation sociale, de formation et de promotion des femmes et des hommes.

Quel produit équitable ?

Pour certains, le commerce équitable est adaptable à tous les produits et à toutes les filières. Pour d’autres, il doit s’intégrer à d’autres principes de la consommation responsable.

Voici notre inventaire sur le sujet :

  • Difficile pour nous d’imaginer importer du vin équitable et bio d’Afrique du Sud (bien que cela existe) alors qu’il y a des petits producteurs français de vin bio.
  • Impensable d’utiliser du sucre non équitable dans la recette de nos tablettes (ce que proposent les entreprises multinationales).
  • Impensable encore de commercialiser de l’or équitable du Pérou (bien que cela existe aussi) alors que le développement des mines pèse sur le foncier et pousse les agriculteurs à migrer.
  • Inutile de proposer des produits de contre-saison en commerce équitable.
  • Complexe de pratiquer le commerce équitable sans lien direct et inscrit dans la durée avec des producteurs organisés (bien que cela existe aussi).
  • Et pour finir : impensable de n’acheter qu’à des coopératives déjà « enregistrées » dans le commerce équitable et de ne pas créer de nouvelles filières de commerce équitable pour répondre à des situations de déséquilibre rencontrées par les producteurs. Depuis 2003, nous avons créées plus de 20 nouvelles filières de commerce équitable, comme le cacao en Haïti ou le litchi à Madagascar. Bien évidemment, nous n’avons pas monté seul ces filières : elles s’inscrivent dans des projets, souvent de longue date, menés par les producteurs eux-mêmes et par des ONG de développement ou d’appui aux organisations paysannes.
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