Retour sur la rencontre avec le Symbole des Producteurs Paysans

Publié le 20 février 2015 - Dernière mise à jour le 10 mars 2015

Avez-vous remarqué ce logo sur nos produits ? Découvrez le Symbole des Producteurs Paysans expliqué par les producteurs eux-mêmes !

Le 18 février dernier, la Maison des Acteurs du Paris Durable accueillait la 1ère Rencontre du Symbole des Producteurs Paysans.

Une centaine de personnes - consommateurs, citoyens, associations, acteurs économiques - sont venus écouter Jerónimo Prujin du Symbole des Producteurs Paysans, José Rojas et Fernando Reyes de la coopérative CEPICAFE/NORANDINO au nord du Pérou.

Leur message était simple : Oui, un commerce équitable porté par les producteurs est possible ! 

 

 
Tous trois ont tenu à rappeler que la force du commerce équitable repose sur une agriculture paysanne organisée et qu’après plusieurs décennies d’existence et de profondes évolutions, le commerce équitable n’est plus aujourd’hui uniquement centré sur la défense de l’agriculture paysanne et s’est ouvert aux logiques des acteurs dominants.
 
Tous trois ont souligné combien le Symbole des Producteurs Paysans réaffirme les valeurs fondatrices et renoue avec l’esprit pionnier du mouvement, en offrant une garantie claire respectant les principes originaux du commerce équitable.
 
 
Le SPP est en effet le premier système de garantie du commerce équitable au niveau international dont le cahier des charges appartient aux producteurs organisés. Le SPP a été créé en 2006 à l’initiative, non pas des acteurs du Nord, mais de la CLAC, le réseau des producteurs d’Amérique latine et des Caraïbes du commerce équitable. Il est aujourd'hui la propriété exclusive des organisations de producteurs.
 
Pour eux, le Symbole des Producteurs Paysans s'inscrit dans l'histoire du mouvement coopératif latino-américain et la lutte sociale latifundo/minifundo. Fièrement, ils avancent qu'il est le résultat du renforcement des capacités des coopératives à faire entendre leurs voix depuis 20 ans de commerce équitable.
 
Pour des raisons de fluidité dans les échanges, Nicolas Eberhart, responsable de l'appui aux producteurs chez ETHIQUABLE en poste à Quito en Equateur, a assuré la présentation des principales innovations du Symbole des Producteurs Paysans par rapport aux système existants.
 
 
 

Innovation n°1 : Le SPP ne certifie que des organisations de producteurs effectives. 

Il garantit que les organisations ont une vision de développement, un fonctionnement démocratique et transparent et assument de véritables fonctions économiques. 
 
Le Symbole des Producteurs Paysans réunit en effet des organisations de producteurs, qui au-delà de l’aspect commercial, partagent une vision commune de développement des territoires ruraux, la défense d’une production agricole diversifiée,  et affichent une volonté de défendre les intérêts des petits producteurs et leur modèle face aux autres acteurs (Etat, collectivités, entreprises …).
 
Ensemble, ils proposent un système de garantie indépendant et rigoureux d’un commerce équitable pensé comme un outil de transformation sociale et économique alternatif, un levier de changement pour des communautés paysannes.
 
 

Innovation n°2 : le SPP ne certifie que des coopératives de petits producteurs.

C'est le premier système de garantie du commerce équitable qui en donne une définition objective.
Au minimum 85% des membres de l'organisation doivent avoir :
•Moins de 15 ha de terres en production
•Moins de 1 ha de serre
•Moins de 500 ruches
15% peuvent posséder jusqu’à 2 fois cette superficie.
 
Des variantes régionales ou par produit existent. Par exemple, pour les producteurs de quinoa, la surface maximale est de 3 hectares.
 

Innovation n°3 : Le SPP demande un engagement effectif des acheteurs

Une autre innovation dans la certification commerce équitable est de demander un engagement significatif des acheteurs. 
La règle des 5% des ventes avec le  Symbole des Producteurs Paysans s'applique à toute marque qui s'engage. En dessous de ce seuil, le SPP ne peut apparaître sur un produit d'une marque ce qui évite la concurrence déloyale et les stratégies marketing opportunistes, en un mot le "fair washing".

Dans le même esprit, 50 % minimum des ingrédients d'un produit doit être issu de coopératives certifiées et lorsqu'un ingrédient existe avec la certification SPP, il doit obligatoirement être acheté en SPP.

Si on prend le fameux exemple d'une barre chocolatée, 100% du cacao et du sucre doivent être SPP et le total du cacao et du sucre doit être supérieur à 50% des ingrédients qui composent la barre. En deçà de ces minima, la barre chocolatée ne peut arborer le Symbole des Producteurs Paysans.
 
 
Il renforce la position des organisations dans la filière avec une exportation assumée par les organisations de producteurs et des filières plus courtes (relation directe entre l'organisation et l’acheteur). Là encore, une nouveauté : autant que possible, les produits doivent être transformés sur place et la traçabilité physique des produits est totale : le principe du mass balance (traçabilité documentaire seule) n'existe pas.
 

Innovation n°4 : Des prix équitables véritablement rémunérateurs décidés par les producteurs

Le Symbole des Producteurs Paysans redonne du sens à la notion de prix minimum garanti, avec des niveaux plus élevés que les autres certifications. Des prix rémunérateurs - prix minimum garanti avec une prime bio obligatoire et une prime de développement - sont définis pour chaque produit.
 

Ils sont calculés à partir de la réalité des différentes organisations de producteurs concernées. Un arbitrage final est réalisé en commissions avec les organisations concernées : les acheteurs n'interviennent pas dans cette fixation du prix équitable.
 
Par exemple, sur le café équitable, le prix minimum est de 160$ les 100 livres, contre 140$ pour le label Fairtrade, la prime bio de 40$ au lieu de 30$ (cette prime est fixe et ne peut être diminuée lorsque les cours sont à la hausse), et la prime de développement de 20$. La différence entre SPP et Fairtrade est de 30$ en période de cours bas et de 10$ en période de coûts élevés.
 
Dernier point non négligeable, les audits de certification sont réalisés à un coût accessible pour les organisations de producteurs. Ce sont des certificateurs de l'agriculture biologique qui les réalisent, ce qui mutualisent les coûts de la certification bio et celle du commerce équitable. Au minimum, un audit complet de l'organisation avec une visite de terrain est réalisé tous les deux ans. 
 
Les acheteurs engagés versent une redevance de 1% de la valeur FOB des produits à FUNDEPPO, la fondation qui gère le SPP
 
Ces mécanismes  permettent d'écarter les situations incongrues - parfois rencontrées - de coûts de certification supérieurs au "surprix" équitable payé par l'acheteur à la coopérative de producteurs

 

 

Les échanges se sont poursuivis autour d'un apéro dans une ambiance chaleureuse.

ETHIQUABLE, dont 35 produits et 50% des ventes sont en SPP, et AVSF - Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières qui a soutenu la création du SPP, co-organisaient cette soirée. Ensemble, nous tenons à remercier la Maison des Acteurs du Paris durable et particulièrement Guillaume pour son accueil dans cette ancienne école de la ville de Paris... Ainsi que tous les participants : votre écoute attentive et votre présence conviviale ont signé la réussite de cette Rencontre. Merci à toutes et tous !

Pierre Johnson et Didier REYNAUD indiquent en conclusion d'un article paru sur le site  EKITINFO : Le Symbole des Producteurs Paysans semble représenter, un formidable bond en avant pour l’équitable : Jusqu’où iront les petits producteurs organisés ?

Notre réponse est : loin !

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